
1. 22/4/1763
Transmission to the Conseil des finances of the request of Vve d'Antoine Dulcken aiming at transferring from Antwerp to Brussels the "fabrique de clavecins", with the same exemption of duties from which she beneficiated in Antwerp. NB: the request itself ist lost.
2. 28/4/1763
3. 18/6/1763
In depth analysis of the request, by the "Bourgmestre, Echevins, Trésoriers, Receveurs et Conseil de la Ville de Bruxelles, and addressed to "Messeigneurs". The document puts in doubt the exemptions of duties in Antwerp alleged by Vve Dulcken, and mentions the financial difficulties of the municipality of Bruxelles. Therefore the document proposes a refusal.
4. 30/7/1763
Extract of "protocole du conseiller Baudrier". "Le Conseil pense comme les avisans et en conséquence il estime, que le bon plaisir de S.A.R [Son Altesse Royale] pourrait être d'éconduire la supliante de sa demande". This means to refuse...
5. 8/5/1764
Document addressed to "Messeigneurs les Conseillers", concerning a second request from Vve Dulcken, requesting the possibility to transport to Antwerp, Leuven and others towns of Brabant the harpsichords of her late husband, "exempts de droits de Tonlieux". The arguments of the lost request are not of commercial nature, but insist on the poverty of the widow and her family, which doesn't have enough bread.
[My understanding is that, after the refusai of her first request of transfer of the fabric , she presented a second one, limited to the transport of instruments.]
6. 10/5/1764
"Aux officiers [principaux?] de Bruxelles"
Favorable opinion on the request.
EDMOND VANDER STRAETEN
LA MUSIQUE AUX PAYS-BAS - AVANT LE ХІXe SIÈCLE - DOCUMENTS INÉDITS ET ANNOTÉS, XXXIV, ANNÉE 1865
1764 Antwerpen
10 Mei 1764
"Aux officiers [principaux?] de Bruxelles"
Positief antwoord op het verzoek.








18/6/1763
In depth analysis of the request, by the "Bourgmestre, Echevins, Trésoriers, Receveurs et Conseil de la Ville de Bruxelles, and addressed to "Messeigneurs". The document puts in doubt the exemptions of duties in Antwerp alleged by Vve Dulcken, and mentions the financial difficulties of the municipality of Bruxelles. Therefore the document proposes a refusal.


LA MUSIQUE AUX PAYS-BAS
AVANT LE ХІX e SIÈCLE.
DOCUMENTS INÉDITS ET ANNOTÉS,
XXXIV.
Delin (Albert),
Facteur de clavecins tournaisien de la deuxième moitié du XVIIIe siècle.
Il n’a laissé d'autres traces de son existence que ses instruments. - Description de ceux-ci. 一 Mort d'Antoine Dulcken, célèbre facteur de clavecins allemand, établi à Anvers. — Sa veuve et son fils Jean Dulcken vont s'installer à Bruxelles. — Documents qui les concernent. 一 État de gêne où ils se trouvent. 一 Ils demandent et obtiennent la permission de voyager, avec les produits de leur fabrique, dans les principales villes de Brabant, sans être soumis au droit de tonlieu. — Importance des instruments рогtant la firme des Dulcken.
Albert Delin, facteur de clavecins, n'a laissé d'autres traces de son existence, à Tournai et dans les environs, que les instruments qui portent son nom et dont les collectionneurs se disputent vivement la possession.
M. César Snoeck, à Renaix, qui s’est créé le plus beau musée d'instruments de musique du pays (1), a fait de vaines recherches pour découvrir quelques renseignements
(1) Nous avons consacré à ce superbe musée un article développé, dans l'Écho du Parlement du 15 juillet 1863.
qui puissent servir de point de répère dans la biographie du facteur tournaisien. Nous en sommes réduit à consigner, jusqu'à nouvel ordre, les dates qui figurent sur ses produits, et dont la plus récente est 1770. La plus ancienne remonte à 1750. Cette période de vingt ans forme vraisemblablement le centre de l'époque d'activité d'Albert Delin.
Toutefois, ne poussons pas trop loin les hypothèses. Un registre des Archives du royaume, intitulé : Dépouillement des besognés d'inspection des contrôleurs, sur l'objet des manufactures, fabriques et productions de l’année 1764 (1), ne renferme aucune indication touchant la facture des clavecins à Tournai. Le nom d'Albert Delin y est conséquemment laissé à l'écart.
Cette omission a une cause qui nous échappe complétément. Albert Delin était-il établi ailleurs en 1764? Son atelier offrait-il trop peu d'importance pour nécessiter un contrôle? Nous ne savons.
Ce que nous pouvons affirmer, en toute sécurité, c’est que ses clavecins ne sont précisément pas des chefs-d'œuvre. Petits de forme, maigres et grêles de son, ils s'adressaient aux artistes privés des moyens de se procurer les somptueux clavecins de Ruckers ou de Dulcken, que recherchaient surtout les personnages aisés et occupant un certain rang dans le monde.
Nous en connaissons quatre de lui, que nous allons décrire sommairement:
Le premier est de l'année 1750. Il porte, dans un cartouche entouré d'ornementations fleurdelisées : A. DELIN ME FECIT TORNACI, 1750. Il a trente-et-une touches noires pour les tons entiers de la gamme et vingt-et-une touches blanches pour les demi-tons. La première sonne l'ut de la deuxième octave inférieure. La caisse, de forme pentagone, repose
(1) Conseil des finances, registre nо 830 [N.B.: Nowadays, the correct référence in the Archives générales du Royaume is 4392 and 4393.]
sur un support de cinq pieds, qui s'en détache à volonté. Au milieu de la table d'harmonie, faite d'excellent sapin, on voit la marque en étain doré du facteur tournaisien. Elle représente un génie ailé, tenant une lyre et entouré des lettres A.— D. C’est une imitation ou plutôt une сопtrе-partie de l'étiquette que portent les clavecins d'André Ruckers (1).
Nous reproduisons, en regard, la marque d'Albert Delin.
Le deuxième clavecin, confectionné en 1765, a quatre octaves et deux notes, dont la première sonne l'ut, deuxième octave inférieure. Les touches sont comme celles du clavecin précédent. La caisse, également pentagone, est peinte en bleu avec des lisières d'argent. La table d'harmonie est parsemée de rosaces, encadrant la marque au génie аîlé.
Sur toute la longueur de la planchette qui borde les touches, on lit : ALBERTVS DELIN ME FECIT TORNACI, 1765.
Les deux autres clavecins datent de 1766 et 1770. Ils ont la même forme, la même inscription (année à part), et la même marque que celui de 1765 (2).
Nous sommes moins dépourvu de renseignements touchant une famille de facteurs de clavecins du milieu du ХVIIIe siècle : les Dulcken, de Hesse, dont les produits, plus importants à coup sûr que ceux d'Albert Delin, eurent une réputation européenne.
Voyons d’abord ce qu’en disent les livres.
Burney, dans son journal musical : The present state of music in Germany, the Netherlands and United Provinces,
(1) Nous en avons vu un exemplaire au Musée d'antiquités d'Anvers. On y
conserve aussi un clavecin à queue de Jean Bull, portant une rosace avec
les lettres J. Р. В, entrelacées, et l'inscription : JOANNES PETRUS BULL МЕ FECIT ANTVERPIAE, ANNO 1779.
(2) Ces quatre clavecins font partie du musée de M. César Snoeck. Un
cinquième clavecin, datant de 1756, nous a été exhibé en 1863, Il a la forme de celui de 1750.
a écrit sur les facteurs de clavecins établis à Anvers, un paragraphe caractéristique qui n'a pas été assez remarqué, et où les Dulcken ont une mention fort honorable. En voici la traduction littérale (1) :
« Les fameux facteurs de clavecin, du nom de Ruckers, dont les ouvrages ont été si nombreux et si longtemps admirés dans toute l'Europe, vécurent dans celle ville (Anvers). Il y en avait trois de ce nom: le premier et le père
des deux autres était John Ruckers, qui florissait au commencement du dernier siècle. Ses instruments sont les plus estimés et tout remarquables pour la suavité et l'ampleur de leur son. Au côté gauche de l'ouverture, dans le cœur de ces instruments, on voit la lettre H, initiale de Hans, qui en flamand signifie Jean.
(1)« The famous harpsichord makers, of the name of Ruckers, whose works have been so much, and go long admired аll over Europe, lived in this city (Antwerp): there were three, the first, and the father of the other two, was John Ruckers, who flourished at the beginning of the last century.
His instruments were the most esteemed, and are remarkable for the
sweetness and fullness of their tone. On the left hand of the soundhole, in
the bellies of these instruments, may be seen a large H, the initial of Hans,
which, in the Flemisch language, means John. André, the eldest of John's sons, distinguished his work, by an A. in the sound-hole. His large harpsichords are less esteemed than those made by any one of that name; but his small work, such as spinets, and virginals, are excellent. Jean, the youngest son's harpsichords, though not so good as those of the father, are very much esteemed for the delicacy of their tone; his instruments may be known by the letter І, in the sound-hole. The harpsichord-maker of the greatest eminence, after them, was J. Dan. Dulcken; he was Hessian. At present there is a good workman at Antwerp, of the name of Bull, who was Dulcken's apprentice, and who sells his double harpsichords for a hundred ducats each, with only plain painted cases, and without swell or pedals. The work too of Vanden Elsche, a Flamand, has considerable share of merit; but, in general, the present harpsichords, made here after the Rucker model, are thin, feeble in tone, and much inferior to those of our best makers in England. » The present state, etc., Londres, 1773, t. I, pp. 47 et 48.
André, l’ainé des fils de John, marquait ses productions par un A vers l'ouverture. Ses grands clavecins sont moins estimés que ceux qui ont été faits par qui que ce soit portant son nom, mais ses ouvrages de moindre
dimension, comme ses épinettes et ses virginals, sont excellents.
Les clavecins de Jean, le plus jeune des fils, bien qu'ils ne soient pas aussi bons que ceux du père, sont cependant très-estimés par la délicatesse de leur ton; on peut reconnaître ses instruments à la lettre I sur l'orifice.
Le facteur de clavecins le plus distingué après eux, était J. Dan. Dulcken; c'était un Hessois. En ce moment, il y a à Anvers un excellent facteur du nom de Bull (1), ancien apprenti de Dulcken, et qui vend ses doubles clavecins cent ducats chaque, avec caisses simplement peintes et sans pédales. L'ouvrage de Vanden Elsche (2), un flamand, a un mérite considérable; mais en général, les clavecins actuels, construits ici d’après le modèle de Ruckers, sont médiocres, faibles de ton et de beaucoup inférieurs à ceux de nos meilleurs facteurs d'Angleterre (з). »
(1) Voir la note de la р. 317.
(2) Ce facteur est cité dans les Recherches sur les facteurs de clavecins et
les luthiers d'Anvers, de M. Léon de Burbure, du moins nous у trouvons, à l'année 1717, un Jean Vanden Elsche, aliàs Van Elsen.
(3) Сеttе dernière assertion pourra paraître exagérée. Burney remarque
ailleurs, en parlant d'Allemagne, que les facteurs d'instruments à clavier
de ce pays perfectionnent mieux leurs produits à l'étranger que dans leur
patrie; cela tient, selon lui, au prix élevé qu'ils reçoivent de leur labeur.
Actuellement en Angleterre, poursuit-il, où le travail est le mieux rénuméré,
les facteurs de clavecins déployent la plus grande habileté dans la confection de leurs instruments. Il résulte de là que quelques-uns des bons facteurs de clavecins établis à Londres, étaient Allemands. Cela nous rassure sur Іe patriotisme exagéré de Burney.
Laborde, dans son Essai sur la musique, confirme indirectement le fait.
Après avoir dit, ce qui n'est pas démontré, que le piano fut inventé en Saxe,
Une traduction de l'ouvrage de Burney, avec commentaires, que M. Fétis, qui ne connaît pas le hollandais, taxe d'excellente, a été publiée en 1786, à Groningue, par Jacques-Guillaume Lustig, habile organiste. Elle a pour titre: Rijk gestoffeerd verhaal van de eigenlijke gesteldheid der hedendaagsche toonkonst, of Karel Burney's Dagboek van zijne, onlangs gedaane, musicale reizen door Frankrijk, Italie en Duitschland. Or, elle est très-inexacte en maint endroit, et c'est pour écarter toute méprise à ce sujet que nous donnons en note le texte original.
Gerber renvoie à Burney, mais fournit un renseignement que le musicologue anglais n'a pas donné : l'établissement de Jean Dulcken à Anvers, vers 1750 (1).
M. Fétis parle d'un Jean-Louis Dulken (sic), né à Amsterdam, en 1761, et qui apprit, dans sa ville natale et à Paris, sous la direction de son père (?), l'art de confectionner des сlavecins, forte-pianos et autres instruments. Ce doit être un petit-fils d'Antoine, ou peut-être un fils de notre Jean. M. Fétis ajoute : « Les pianos qu'il у а fabriqués (à Munich), étaient si estimés pour la qualité du son et le fini du mécanisme, qu'ils se sont répandus non seulement dans toute l'Allemagne, mais même en Suisse et en Italie, et qu'ils у ont été fort recherchés (2). » Le talent de luthier était donc héréditaire dans la famille Dulcken.
Quelques notes, tirées des Archives du royaume, vont, sinon compléter, du moins renforcer les données qui précèdent.
au milieu du siècle dernier, il ajoute : “ De la Saxe, l'invention а pénétré à
Londres, d'où nous viennent tous ceux [les pianos] qui se vendent à Paris.”
T.1, р 349.
(1) « DUL[C]KEN (Johann Daniel), ein klaviermacher aus Hessen, liess sich gegen 1750 zu Antwerpen nieder, wo er schöne Flügel verfertigte. Sieh Burney's Reisen, Band I. » — Gerber's Neues historisch-biographisches Lexikon der Tonkünstler, t. І, р. 947.
(2) Biographie universelle des musiciens, t. III, р. 7. Le huitième et dernier volume de ce dictionnaire vient de paraître (septembre 1865).
Antoine Dulcken, facteur de clavecins à Anvers, venait de mourir vers 1763. Sa veuve, assistée de son fils Jean Dulcken, avait continué d'exercer à Anvers la même industrie, réputée alors la meilleure qui fût aux Pays-Bas.
Mais, l’usage des clavecins était en déchéance à Anvers, tandis qu'il augmentait à Bruxelles, où journellement on en expédiait un grand nombre. Ceux des grands concerts sortaient des ateliers de la veuve Dulcken.
Celle-ci résolut alors d'aller s'établir à Bruxelles. Les transports étaient difficiles et chanceux, et les frais qui en résultaient étaient assez considérables. Il valait mieux se trouver au centre de ses opérations.
La réputation des produits de la fabrique d'Antoine Dulcken fut telle, que, quand le facteur vint s'installer à Anvers, le magistrat avait cru devoir lui accorder le droit de bourgeoisie et l'exemption des droits imposés sur les objets de consommation.
Sa veuve espéra obtenir le même résultat à Bruxelles.
Elle se trompa, comme on va voir.
Le 22 avril 1763, elle adressa au conseil des finances une requête conçue en ces termes :
«La veuve d'Antoine Dulcken, en son vivant faiseur de clavecins à Anvers, nous aïant exposé, par la requête ci-jointe (1), qu'elle seroit d'intention de transporter cette fabrique, avec son fils Jean Dulcken qui continue à y travailler, en cette ville de Bruxelles, moïennant qu'il nous рlût de lui accorder le droit de bourgeoisie, avec l'exemption de ceux imposés sur les quatre espèces de consommation, ainsi que de toutes charges bourgeoises; nous la remettons au conseil pour qu'il nous informe, par extrait de protocole, de ce qu'il pense sur la demande de la suppliante.
» Bruxelles, le 22 avril 1763. »
Suscription : » au Conseil des Finances. »
(1) Celle requête manque. Elle est du 21 avril 1763. Le contenu en est analysé dans la lettre du magistrat de Bruxelles, que nous reproduisons plus loin.
Le conseil jugea prudent et opportun d'attendre l'avis des États de Brabant et du magistrat de Bruxelles.
Voici le premier :
« Myne heeren en die gedeputeerde der heeren Staeten van Brabant, raport gehadt hebbende van de wederkeerende requeste gepresenteert аen Syne Conincklycke Hoogheyt, wegens de weduwe van A. Dulcken, inwoondersse der stadt Antwerpen, hun toeghesonden ten eynde van advies, by brieff geschreven vuyt Haere Majesteyts raede van finantien, van den 25en deser, seggen :
» Dat, by den voet ofte regulative voorgescreven ten opsichte van de bestieringhe der domeynen ende geaprobeert by haere Doorluchtighste Hoogheyt de aertshertoginne Marie Elisabeth, den 7 november 1737, onder andere articlen 23, 18 besproken, dat, ten opsichte van het deel Haere Majesteyt competerende in de rechten van de nieuwe poorters deser stadt, aen niemandt gheenen quytschel en soude verleent worden, ‘t zy wegens de Majesteyt, ‘t zy wegens de Staeten;
» Den geest van welcke clausule by myns heeren oock constantelyck is ingevolgt gheweest, in de adviesen die hun op diergelycke versoecken van quytschel door Haere Majesteyts raede van finantien van tydt tot tydt syn gevraeght geweest;
» Ende oversulckx voor soo veel de suppliante eensgelyckx dusdaenighen quytschel komt te versoecken, en konnen myne heeren hun oock maer gedraeghen tot de voorseyde clausule ende hunne voorgaende adviesen;
» Des te meer dat er alhier geene questie en is van eene nieuwe fabrique ofte conste in het landt innetebrenghen, mits de suppliante ende wijlen haeren man alreede soo langhe jaeren tot Antwerpen hebben gewoont, ende de conste van clavecingels te maecken aldaer hebben geoeffent; in welcke stadt sy alsdaer in soo vele voordeelen genoten hebbende, gelyck sy seght, oock wel kan continueren te blyven;
» En wat raeckt den vrydom der imposten ор de vier specien van consomptie, mits sy onde haeren man den selven alleenelyck tot Antwerpen en noijnt genoten en hebben, soo en isser
gheene rede om de welcke men haer den selven soude toestaen tot Brussel,
» Gedaen tot Brussel, den 28en april 1763. »
L'avis du magistrat de Bruxelles est de la teneur suivante :
« Messeigneurs,
» Nous avons reçu la requête présentée à Son Altesse Royale par la veuve d'Antoine Dulcken, vivant feseur de clavecins à Anvers, sur laquelle vos seigneuries requièrent notre avis par leurs lettres du 3 du courrant mois de juin.
La suppliante expose qu'elle a conservé, conjointement avec son fils Jean Dulcken, la fabrique des clavecins, toujours réputés parmi les meilleurs qui aient paru dans les Païs-Bas.
Qu'en cette considération, le magistrat d'Anvers accorda à son mari et à sa famille le droit de bourgeoisie et l'exemption des droits sur les espèces de consommation et des charges bourgeoises, au tems de son établissement en ladite ville, exemption qu'ils continuent епсоге à la remonstrante. Elle allègue que l'usage de cet instrument est considérablement déchu en la même ville et augmenté à Bruxelles, où elle a livré plusieurs pièces, et où elle en livre journalièrement aux amateurs, ajoutant que les clavecins des grands concerts sont de sa fabrique, ainsi que ceux des personnes de goût.
C’est à cette préférence qu'elle attribue les conseils qu'elle reçoit de s'établir en cette ville, de la part des maîtres de cet instrument, à cause de la difficulté des fraix et du risque qu'ils trouvent à les faire venir d'Anvers. Mais les faveurs dont elle jouit, la retiennent à prendre ce parti, à moins, dit-elle, que S. A. R. ne daignât la désintéresser avec sa famille, en lui fesant obtenir, des États de Brabant et du magistrat de la ville, les mêmes exemptions dont elle profite en la ville d'Anvers.
A ces causes, elle demande qu'elle puisse jouir en cette ville, en у exerçant sa fabrique, du droit de bourgeoisie et de l’ехеmрtion des droits de consommation sur les quatre espèces, et de toutes charges bourgeoises, pour elle et sa famille. Nous ignorons quelles peuvent être ses exemptions en la ville
d'Anvers. Elle insinue d'y avoir joui de la franchise des impôts. Cette allégation est erronée, et ce manque de bonne foi nous fait soupçonner la fidélité de ce qu'elle avance à l'égard des droits de la ville.
Quoi qu'il en soit, le traitement qu'on lui auroit fait en la ville d'Anvers, ne doit point servir de règle par rapport à celle de Bruxelles. Il se peut que, dans la première, on ait été bien aise de se procurer ou de retenir, par des faveurs, un artiste qui, par sa nouveauté ou à cause de ses talens, formoit, en la même ville, un établissement qui méritoit de la distinction.
Mais, nous ne sommes pas dans le même cas à Bruxelles. Nous у avons eu, de tout tems, et nous у avons encore des ouvriers en toutes sortes d'instrumens, et, entre autres, de feseurs de clavecins, qui sont en état d'en fournir de très-bonne qualité.
Ces maîtres n’ont jamais joui ici de la moindre exemption, soit d'accises soit d'autres charges bourgeoises, et, si l'on commençoit une fois à ouvrir cette porte, il n'y а nі artisan, ni trаfiquant, ni homme de métier qui ne pût prétendre, à beaucoup plus juste titre, de jouir des mêmes prérogatives.
Vos Seigneuries ne savent que trop combien nous avons de peine à faire face, par les revenus de la ville, aux charges dont elle est obérée, et, par conséquent, nous avons lieu d'espérer qu'en consultant S. A. R. sur la demande de la suppliante, elles se détermineront pour la faire éconduire, elle entière, de s'établir en cette ville, où il lui sera permis d’exercer son art sans contradiction de personne, puisqu'il est indépendant de tout métier.
Nous avons l'honneur de vous dire très-respectueusement, messeigneurs, de Vos Seigneuries
Les très-humbles et très-obéissants serviteurs, |
Les bourguemaîtres, échevins, trésoriers, receveurs et conseil de la ville de Bruxelles,
L.-J, Dezadaleere.
» Brusselles, 18 juin 1763.»
En résumé, la décision fut négative. L'allégation de la
veuve Dulcken, concernant son exemption des impôts à Anvers, fut révoquée en doute. Mais, dans la supposition qu'elle fut vraie, on opina, de part et d'autre, ceci :
1° Que Bruxelles eut, de tout temps, des luthiers, et notamment des facteurs de clavecins, d’un mérite distingué; 2° que ces industriels n'ont jamais joui de la moindre exemption, soit d'accises, soit d'autres charges bourgeoises; 3° que si on établissait un précédent, tous les ouvriers auraient droit d'exiger les mêmes avantages; 4° que les revenus de la ville ne suffisaient pas à faire face aux charges dont elle était obérée; et 5° que la veuve pouvait s'établir librement à Bruxelles, son métier ne relevant d'aucune corporation.
Le conseil se rangea à l'avis de ces deux autorités, comme le témoigne l’extrait suivant du protocole du conseiller Baudier, en date du 30 juillet 1763:
« La veuve d'Antoine Dulcken, en son vivant faiseur de clavecins à Anvers, demande, par sa requête cy-jointe, remise au conseil par décret dе S.A.R. du 22 avril dernier, de transporter en cette ville cette fabrique avec son fils Jean Dulcken, qui continue à у travailler, moïennant qu'il lui soit accordé le droit de bourgeoisie, avec l’exemption de ceux imposés sur les quatre espèces de consommation et des charges bourgeoises, ainsi que ceux du magistrat d'Anvers accordés à son mari, au tems de son établissement en ladite ville.
Le conseil a remis cette requête à l'avis des députés des États de Brabant et du magistrat de cette ville. L'un et l’autre disent, par leurs rescriptions cy-jointes, que c'est à tort que la suppliante avance qu'elle et son mari auroient joui de la franchise des impôts; et ce manque de bonne foi à l'égard de cet article leur fait douter de la fidélité de ce qu'elle avance à l'égard des droits de la ville d'Anvers, dont elle dit de jouir.
Au surplus, comme cet établissement n'est point nouveau, et qu'il y a ici des ouvriers en toutes sortes d'instruments qui ne jouissent d'aucune franchise, ils concluent à ce que la suppliante
soit éconduite de sa demande, elle entière, de s'établir en cette ville, où il lui sera permis d'exercer son art sans contradiction de personne, d'autant qu'il est indépendant de tout métier.
Le conseil pense comme les avisans, et, en conséquence, il estime que le bon plaisir de S. A. R. pourrait être d'éconduire la suppliante de sa demande, elle entière, de s'établir ici, ainsique le magistrat de cette ville le propose. »
Il ne restait donc à la veuve Dulcken d'autre parti à prendre, que de continuer à résider à Anvers ou de s'établir à Bruxelles, sans le moindre espoir de faveurs ou de privilége. Elle opta pour ce dernier parti.
A peine installée à Bruxelles, les choses ne marchèrent pas, paraît-il, au gré de ses désirs, soit que les facteurs de clavecins lui fissent une trop rude concurrence, soit que le débit des instruments se fût ralenti. Ses magasins restèrent encombrés, et pour ne point se trouver en proie à la misère, elle résolut de parcourir les principales villes du Brabant, avec ses marchandises, dans l'espoir de les écouler plus facilement.
A cet effet, elle s'adressa au trésorier des domaines et finances, pour lui demander la faveur de transporter ses instruments sans imposition des droits de tonlieu, comme le constate la pièce qui suit :
» À MESSEIGNEURS LES TRÉSORIERS ET CONSEILLIERS DES DOMAINES ET FINANCES DE L’IMPÉRATRICE REINE APOSTOLIQUE.
Remontre très-humblement la veuve d'Anthoine Dulcken, qu'elle a eu l'honneur autrefois de représenter requette à Son Altesse Roïale, renvoïée au conseil des domaines et finances de Sa Majesté, pour pouvoir se dégarnier des ouvrages perfectionnés et en état d'être délivré par son défunct mari, ne lui restant que le fruit à percevoir desdits ouvrages, pour pouvoir vivre et entretenir sa famille. Se trouvant éconduite par Vos Seigneuries de la demande qu'elle а eu l'honneur de leur faire le 21 avril 1763, supplie Vos Seigneuries de nе pas la laisser
dans la disette du pain avec sa famille, chargez des marchandises en clavecins.
Elles sont trop charitables et incliens (sic) à soulager les pauvres veuve et orphelins, que pour ne point favorablement recevoir le très-humble recours que laditte pauvre désolée prend vers Votre Seigneurie Illustrissime, les suppliant très-humblement que, tout ce considérez d'une juste commisération et veu l'art de son défunct mari, la pauvre veuve se trouvant chargez des fruits de ses ouvrages, sans pouvoir en proffiter. C'est pourquoi la suppliante les supplie de pouvoir se transporter à Anvers, Louvain et autres lieues (sic) de Brabant, avec ses ouvrages des clavecins, francq et libre des droits imposés, d’autant qu'elle ne sçait si même elle aura le bonheur d'en débitter quelques pièces.
C'est la grâce, etc.
L. J. DE PLANCON, junior.
Bruxelles, le 8 may 1784.
En marge : « Résolu d'accorder à la suppliante sa demande. »
L'exemption des droits de tonlieu lui fut octroyée par la lettre suivante, adressée aux officiers préposés à la perception de ces droits :
» La veuve d'Anthoine Dulcken nous aïant demandé de pouvoir transporter à Anvers, Louvain et autres lieux de Brabant, les ouvrages de clavecins, délaissés par son défunt mari, exempts des droits de tonlieux, Nous vous faisons cette pour vous dire que nous lui avons accordé sa demande. Nous vous ordonnons, en conséquence, de dépêcher les dits ouvrages sur ce pied, en faisant mention de la date des présents dans les dépêches que vous lui délivrerez pour chaque transport.
A tant, etc.
Le BARON DE TUDOR.
Bruxelles, le 10 mai 1764. »
La position critique de la veuve Dulcken s'améliora-t-elle au moyen de cet expédient? Son séjour à Bruxelles fut-il de longue durée? c'est ce que des documents ultérieurs nous apprendront peut-être un jour. La naissance
d'un Jean-Louis Dulcken , petit-fils d'Antoine, à Amsterdam en 1761, ne nous paraît pas encore clairement démontrée. Il est possible que le fils d'Antoine Dulcken essaya de se fixer à Amsterdam, avant dе se résoudre d'aller habiter Bruxelles.
Quoi qu'il en soit, les clavecins portant la firme des Dulcken sont rares, pour ne pas dire introuvables. Fabriqués par des luthiers exotiques, ces instruments n'en offrent pas moins de l'intérêt pour l’histoire de la lutherie en Belgique, et ils serviront utilement de point de comparaison avec ceux qui appartiennent aux fabricants du pays proprement dits. Peut-être l’excellence de ces produits les a-t-il fait rechercher avidement par les amateurs étrangers, par les Anglais surtout.
Qui sait s'ils ne garnissent point actuellement, à titre de meuble antique, le musée de quelque lord millionnaire!
EDMOND VANDER STRAETEN.
(Pour être continué)


1763
Joûffroûwe Sûsanna Maria Knoepfell, wedüwe ende gejustitüeerde erffgenaeme van wijlen d’heer Joan Daniel Dülcken, salva legitima aen haere vijff eenighe kinderen bij haer vanden selven haeren manne wijlen behouden, ingevolghe den testamente reciprocq tusschen haer ende den voors. haeren manne wijlen gesaementlijck gemaeckt….. (26 augustus 1751 - Petrus Josephüs Gabriel Steencrüijs)….
Item de voors. comparante alnogh als gemagtight ende geconstitueert sijnde van Sr Johan Ludovicûs Dülcken, haeren bejaerden sone, bij haer vanden voors. haeren manne wijlen behouden, bij procuratie door hem op haer compte verleden, ende op 26sten julij 1763 voor Burgemeesteren, Schepenen ende Raede der Stadt Hasselt gepasseert, onder J.C. Vatebender, ende bezegelt in forma, ten desen in originali geexhibeert.
Ende jouffre Johanna Dülcken, wesende oock der eerste comparante bejaerde doghtere, daer oock vader aff was den voors. d’heer Joan Daniel Dülcken, ten desen geassisteert met Sr Johan Herman Faber, haeren wettigen manne ende momboir, ende bekenden ende verclaerden de voors. comparanten, soo pro se als qualitate praedicta, omme ende mits de somme van drije duijsent ende twee honderd guldens eens, die aen haer in specie ende evaluatie van wisselgelde den schellinck tot sesse stuijvers het stûck ende de meerdere specien naer advenant gerekent, al ende wel is vergolden, vercocht, overgegeven, gecedeert ende getransporteert te hebben, soo sij doen bij desen wel ende wettelijck, aen jouffre Isabella Eyletten, weduwe van wijlen d’heer Jacqûes Hermans, drije huijsen met den gronde ende toebehoorten, nu tot eene huijsinge geapproprieert sijnde, gestaen ende gelegen in het Hoplandt alhier, tusschen de huijsinge van Jasper De Vergenis aen d’eene sijde, ende ’t huijs genaemt Den Arendt aen d’ander sijde... (enz. → volgt de beschrijving van lasten, cijnzen en voorwaarden) den selven hüijse cum annexis als nu bevonden wort te exsteren, daerinne der compten in desen mede des voors: constituants ende der geseijde weesen voors: manne ende vader wijlen d’heer Johan Daniel Dulcken, op 21. janrij 1746, bij jouffre Joanna Albertina De Wilde, comparerende voor heren schepenen der stadt, gegoeijt ende geerft is, alles prout litterae quas tradiderunt, droeghen oppe, etta, te waerne ende te claerne etta van alle commeren ende callangien...
Toelichting in modern Nederlands
Situatie:
Susanna Maria Knoepfell is de weduwe van Johan Daniel Dulcken. Zij is erfgename volgens een wederzijds testament dat zij en haar man hadden opgesteld.
Zij treedt hier op in meerdere hoedanigheden:
Voor zichzelf (als erfgename).
Als voogdes/momboir over de drie nog minderjarige kinderen.
Als gemachtigde van haar volwassen zoon Johan Ludovicus Dulcken.
Ook de volwassen dochter Johanna Dulcken verschijnt, samen met haar echtgenoot Herman Faber (die als haar "momboir" optreedt, wat betekende dat een gehuwde vrouw formeel niet zelfstandig rechtshandelingen kon stellen).
Voor de som van 3.200 gulden verkopen en transporteren zij aan Isabella Eyletten, weduwe van Jacques Hermans,
drie huizen (met grond en bijgebouwen), die inmiddels samengevoegd waren tot één woning,
gelegen in het Hopland, tussen het huis van Jasper De Vergenis en het huis genaamd Den Arendt.
De huizen worden verkocht "met alle rechten, gemakken en verplichtingen" die eraan verbonden zijn.
Er rustte nog een erfrente van 1.200 gulden kapitaal op de huizen, maar die is bij deze verkoop meteen verrekend en afgehandeld.
Verder is er enkel nog een jaarlijkse cijns van 32 stuivers verschuldigd aan het Coraelen-altaar van Onze Lieve Vrouwe (de vicarissen) in Hasselt.
De koopster Isabella Eyletten neemt deze verplichting op zich.
Er wordt uitdrukkelijk bij eed bevestigd dat de verkoop niet is gedaan om de huizen in "dode handen" (kerkelijk bezit) te brengen – dit was verboden volgens plakkaten van de vorst.
Omdat Susanna Maria ook handelde voor de drie minderjarige kinderen, moest zij ervoor zorgen dat hun aandeel in de koopsom veiliggesteld werd.
Dat gebeurde door een waarborg: het geld dat hen toekwam bleef “berusten” bij de koopster totdat Susanna Maria het bedrag zou hebben geremplaceerd (terugbetaald of veilig belegd ten behoeve van de wezen).
Samenvattend
De akte regelt dus:
Een gezamenlijke verkoop van de eigendom van de Dulcken-erfgenamen (moeder, meerderjarige kinderen, minderjarige kinderen vertegenwoordigd).
De overdracht van drie samengevoegde huizen in Hasselt aan Isabella Eyletten voor 3.200 gulden.
Lasten: alleen nog een jaarlijkse erfpacht van 32 stuivers.
Voor de wezen: hun erfdeel in de koopsom moet apart bewaard en herbelegd worden.
In dit stuk verklaart de notaris ook hoe Johan Daniel Dülcken destijds de huizen verkreeg:
Op 21 januari 1746 is hij eigenaar geworden van deze panden.
Dit gebeurde via Joanna Albertina De Wilde, die toen voor de Antwerpse schepenbank (stadsbestuur) verscheen.
De akte spreekt van "gegouijt ende geerft", wat meestal duidt op een overdracht door middel van verkoop en overdracht (gouij = goey = koop) of mogelijk een schenking/erfenis bekrachtigd voor de schepenbank.
Met “prout litterae quas tradiderunt” verwijst men naar de documenten die toen overhandigd en geregistreerd zijn.
Betekenis van “gegouijt ende geerft”
In Antwerpse schepenakten (en breder in de Zuidelijke Nederlanden) zie je vaak formules als:
“gouij(en)” of “goeyen” → dit is een oud rechtswoord dat meestal “koop en transport” betekent. Het gaat om de handeling waarbij eigendom werd “goedgekeurd” en dus overgedragen via de schepenbank. Een “goey” is in feite de notariële of schepenakte van verkoop.
“geërft” → dit betekent niet per se “erven” in onze moderne zin, maar duidt vaak op het volledig bezitten/krijgen van erfelijke eigendom (allodiaal of erfpacht). Het werd gebruikt als formule bij de inschrijving in de erfboeken (wijkboeken) van de stad.
Wie een goed had “geërft”, was door de schepenbank erkend als rechthebbende en ingeschreven in de registers.
Het gaat dus niet noodzakelijk om een overlijden, maar om het juridisch erfelijk bezit verkrijgen (een eigendomstitel die voortaan overdraagbaar en erfelijk is).
Met andere woorden: Dülcken had de huizen niet alleen gekocht (1746), maar zijn bezit was ook bevestigd in de erfboeken van de stad Antwerpen, waardoor hij als volwaardig eigenaar werd erkend.
De originele akte uit 1746
De verwijzing in jouw akte is heel concreet:
Datum: 21 januari 1746
Persoon: Joanna Albertina De Wilde
Plaats: Schepenbank van Antwerpen (dus niet bij een notaris, maar in de stedelijke registers)
Foundation Musick's Monument
